De l’UIPM à l’IBU (2nde partie)
Rédigé le 30 novembre 2015, par m_9er


Partie I : Origines & pentathlon, du CIO à l’UIPM, naissance & jeunes années du biathlon <<< retour <
 

 

Partie II : Biathlon moderne, de l’UIPMB à l’IBU, en route vers l’âge d’or

 
 

Après 20 ans d’évolution, voire de révolution (le relais, les mondiaux juniors, le sprint 10 km qui devient en 1974 le troisième format de course aux championnats du monde, l’invention du biathlon d’été en 1976...), 1978 est l’année du grand tournant :

- l’introduction (on vient de l’évoquer) de la 22 long rifle au tir (associé à une réduction de la distance de tir à 50 m ainsi qu’une réduction du diamètre des cibles) - un changement d’"échelle" qui va grandement favoriser l’accès à la pratique de la discipline (on pense entre autres aux dames).

- le début de la Coupe du Monde (dont la toute première compétition est disputée le 13 janvier à Ruhpolding) qui vient étoffer le calendrier significativement.
On entre de plein pied dans l’ère moderne du biathlon.
 

JO Sapporo 1972. Quand cibles papier (toujours utilisées pour l’individuel en raison des règles de pénalité en vigueur à l’époque : 0 au centre de la cible, 1 minute sur la zone cordon, 2 minutes pour cible ratée) et cibles cassables (utilisées pour le relais) alternaient au pas de tir
 
 

JO Innsbruck 1976. Une idée lumineuse : le rétro-éclairage des cibles, ou comment soigner la télégénie du biathlon
 
 

Championnats du monde 1979 à Ruhpolding. Bientôt fini de jouer aux dés, progrès technique reçu 5/5, les cibles mécaniques (puis électroniques) alignées vont très vite devenir la norme
 

 
En 1980 les cibles mécaniques alignées (en action aux JO pour la première fois à Lake Placid) remplacent les antiques cibles en papier et les mythiques cibles cassables. Un système parti pour durer qui fera ses preuves (l’apport ultérieur de l’électronique n’ayant rien changé au principe de base du clapet/cache blanc se refermant sur la cible quand cette dernière a bien été atteinte par la balle).
En 1981 le biathlon féminin fait son apparition (premiers championnats du monde à Chamonix en 1984).
A la fin des années ’80 les circuits coupe/championnats du monde masculin et féminin initialement séparés sont unifiés. L’ultime innovation (ou plutôt rénovation) de l’UIPMB est le 20km par équipes (le vrai), version « biathlon » de la patrouille. Et enfin le biathlon féminin intègre le programme Olympique.

Bref, tout semble aller pour le mieux, l’UIPMB a visiblement bien assuré le développement du biathlon, oui mais… les apparences sont trompeuses, car le climat s’est en réalité progressivement détérioré. En effet, dès le début des années ’80 la question de l’avenir du biathlon au sein de l’UIPMB commence sérieusement à se poser : Une seule fédération pouvait-elle continuer ainsi à administrer efficacement (et surtout équitablement) deux sports en même temps ?
Question d’autant plus légitime que la partie « hiver » longtemps sous-valorisée dans l’Union (cf. évolution du sigle et du logo, tout un symbole !) était en pleine croissance et par conséquent demandeuse de plus en plus de moyens. Le biathlon se sentant encore complexé face au droit d’ainesse du pentathlon, cela ne pouvait que générer des tensions. La scission devenait donc à plus ou moins long terme inévitable. L’idée d’une affiliation à la FIS (Fédération Internationale de Ski) est dans l’air au début avant d’être très vite balayée. Finalement la création d’une fédération internationale indépendante se dessine comme l’issue la plus logique et la plus pertinente. La crise couve alors pendant plusieurs années à l’UIPMB dans un contexte géo-politique difficile (l’effondrement du Bloc de l’Est).
Le délicat processus d’indépendance du biathlon décidé en 1992 s’est pourtant et fort heureusement concrétisé dans le respect des protocoles de l’UIPMB (qu’il ne fallait pas mettre en péril) et de l’intérêt de chacun des deux sports.
Pour entrer dans les détails, à lire cet intéressant > article de l’IBU publié à l’occasion de son 20ème anniversaire <

Crédit : biathlonworld.com / IBU
 

Londres, le 2 juillet

 
Le 2 juillet 1993 lors d’un congrès extraordinaire de l’UIPMB l’Union Internationale de Biathlon est créée, euh, non pas tout à fait sous cette appellation là car, hélas, l’anglicisation galopante en fin de XXème siècle a eu raison de la tradition : ce sera donc IBU pour « International Biathlon Union » (le français n’étant plus retenu comme langue officielle - pour l’anecdote, on a échappé de peu à "International Biathlon Federation", mais le sigle IBF était déjà pris par la fédération internationale de… badmington !).

Dans un premier temps par précaution l’IBU indépendante reste affiliée à l’ancienne UIPMB qui redeviendra UIPM en 1998 lorsque la séparation totale et définitive fera l’unanimité (y compris auprès du CIO) et sera entérinée (depuis, les "divorcés" sont toujours restés en excellents termes).

 
La dynamique du biathlon désormais conduit par la jeune fédération ou plutôt Union ne s’essouffle pas, au contraire. L’IBU affiche tout de suite ses ambitions de développement (réformes et innovations pour un sport plus attractif) et s’en donne les moyens ( sponsoring et diffusion TV…). La poursuite est la première création de course de l’IBU (trois autres suivront : le départ en masse ou mass-start , le relais mixte et tout récemment le relais simple mixte). Ironie de l’indépendance, le format de la poursuite du biathlon mis au point par l’IBU a été directement inspiré d’un protocole de course introduit par l’UIPMB pour le pentathlon moderne au début des années ’80 : le départ-handicap.
A l’époque l’UIPMB cherchait (déjà…) un moyen de valoriser médiatiquement un pentathlon en mal de reconnaissance. Une bonne façon d’atteindre cet objectif était de rendre l’épreuve finale la plus spectaculaire possible, facile à suivre et à comprendre (donc susceptible de passer à la télé). C’est ainsi que l’idée de "poursuite" pour l’ultime épreuve (course de fond) a germé. Il s’agit de faire partir les coureurs dans l’ordre du classement après conversion des écarts de points obtenus sur les 4 épreuves précédentes en données de temps. A l’arrivée, c’est simple et immédiat, fini l’attente et les calculs pour savoir "qui….", le premier qui coupe la ligne a gagné. Le départ-handicap fut introduit aux JO de Los Angeles en 1984 et a dû être diffusé en intégralité à la télévision (c’était l’objectif !), une première pour une course olympique de pentathlon.
Il est intéressant de souligner que l’IBU a appliqué avec le succès que l’on sait la même méthode une décennie plus tard. Et cette sorte de "copier-coller" gagnant de la poursuite allait encourager l’IBU à poursuivre la recherche pour mettre au point d’autres formats de course inédits, qui s’avèreront être particulièrement bien pensés et conçus (seul le petit dernier « relais simple mixte » peine à convaincre...).
De son côté l’UIPM s’inspirera du biathlon pour réformer le pentathlon moderne, en réunissant les deux dernières disciplines du programme en une épreuve combinée tir + course à pied selon la formule "poursuite", donc en départ-handicap.

 

Biathlon "in", pentathlon "out" ?

 
Si le relativement jeune biathlon se porte à merveille et arrive en ce début de XXIème siècle à entretenir durablement son âge d’or, il n’en est pas de même pour son frère ainé du pentathlon moderne. La discipline en quête perpétuelle d’une réelle envergure olympique (ce que souhaitait tant de Coubertin), bien qu’en bonne santé, n’est jamais vraiment sortie de sa confidentialité malgré la mondialisation de sa pratique et les efforts incessants de l’UIPM à travers de nombreuses réformes pour la rendre plus attrayante ou… juste plus "moderne", voire facile à organiser (concentration des épreuves sur une journée, combiné final tir/course, introduction du tir laser…).
Et le Baron Pierre de Coubertin de se retourner dans sa tombe. Le pentathlon moderne est en sursis (jusqu’en 2020) auprès du CIO qui envisage depuis un certain temps déjà de le retirer du programme olympique ! Sans doute plus préoccupé par les considérations mercantiles et de moins en moins attaché à la référence (symbolique) aux glorieux Jeux de l’Antiquité, le CIO serait donc sur le point de renier LE sport « véhicule des idéaux de l’Olympisme » instauré par de Coubertin en personne et administré par le seul CIO pendant près de 40 ans...

 

Le biathlon, ou la prophétie de P. de Coubertin réalisée par procuration…

 
Ironie de l’Histoire, Pierre de Coubertin écrivait dans la Revue Olympique de 1911 :

« Ce pentathlon est certainement destiné à jouer un grand rôle, peut-être même à devenir l’épreuve dominante des Olympiades à venir »

Bon, euh, oups… tout faux ? Certes, mais… la prémonition est troublante.
Si on se permet en effet le petit exercice qui consiste à reprendre les prédictions du Baron sur le pentathlon et à les transposer sur sa déclinaison hivernale incarnée par le biathlon, on y est :

- en l’espace de quelques Olympiades le biathlon est bel et bien devenu l’une des épreuves reines des Jeux Olympiques d’hiver !

 

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