De l’UIPM à l’IBU (1ère partie)
Rédigé le 25 novembre 2015, par m_9er


Bien avant d’être dirigé par sa propre fédération indépendante ( International Biathlon Union ) le biathlon avait pris son envol sous l’administration d’une fédération pourtant bien éloignée du milieu des sports d’hiver où la Fédération Internationale de Ski (FIS) est normalement omni-présente : l’ Union Internationale de Pentathlon Moderne (devenue par la suite Union Internationale de Pentathlon Moderne et de Biathlon).
Le présent dossier va tenter, entre autre, de vous expliquer pourquoi.

 

 

Partie I : Origines & pentathlon, du CIO à l’UIPM, naissance & jeunes années du biathlon

 

Au delà de points communs évidents (le caractère militaire prononcé et une épreuve de tir), qu’en est-il donc du lien de parenté entre le pentathlon moderne et le biathlon ? Comment deux sports différents ont-ils pu être réunis aussi longtemps sous l’autorité d’une fédération internationale unique ?
 
Pour bien saisir la nature du rapport jadis étroit entre pentathlon et biathlon il est indispensable de remonter l’« arbre généalogique » des sports jusqu’aux origines des… Jeux Olympiques de l’ère moderne ! Ce qui inévitablement nous ramène au baron Pierre de Coubertin. Certes, de Coubertin n’a pas inventé le biathlon (zut, pour le scoop c’est raté…), mais (même s’il n’était déjà plus de ce monde) c’est quand-même un peu grâce à lui que l’on doit l’avènement de ce sport d’hiver atypique. Balbutiant depuis les premières traces retrouvées d’une compétition frontalière entre patrouilles de Suède et Norvège au XVIIIème siècle, le biathlon n’aurait en effet jamais porté son nom et il aurait difficilement dépassé son stade primitif de « patrouille » ou simplement voyagé hors des contrées isolées de Scandinavie sans une certaine idée de l’Olympisme chère au Baron : l’épreuve pluri-disciplinaire mettant en valeur l’athlète complet. Comme celle des cinq combats, le pentathlon des Jeux de l’Antiquité (qui comprenait lancer du disque, lancer du javelot, course, saut en longueur et lutte).

Dès la fondation du Comité International Olympique en 1894, de Coubertin voulut inscrire au programme des JO une épreuve de pentathlon adaptée à son époque. Il en fit une priorité absolue au point qu’il avait choisi lui-même les cinq disciplines du futur pentathlon moderne : Equitation, Escrime, Natation, Tir (pistolet/revolver), Course à pied. Face à la réticence générale au sein même du Comité il dut persévérer et patienter jusqu’en 1909 pour que le CIO finisse par valider sa proposition ! A ce sujet il écrivait dans ses Mémoires : « [vert olive]Cette fois la grâce de l’Esprit-Saint sportif éclaira mes collègues et ils acceptèrent une épreuve à laquelle j’attachais une grande valeur car le pentathlon moderne est un véritable sacrement de l’athlète complet[/vert olive] ».

De 1912 (JO de Stockholm) à 1948, le CIO administra seul le pentathlon moderne (une commission spéciale avait été créee à cet effet). Il en fut de même l’hiver pour feu la patrouille militaire (l’ancètre du biathlon, donc) inscrite officiellement au programme des premiers Jeux d’hiver à Chamonix en 1924 sous le nom de « ski militaire ». Faute de "maturité" et de règles suffisamment élaborées la patrouille a discrètement survécu en tant que sport de démonstration uniquement avant d’être définitivement abandonnée par le CIO. En parallèle dans les années ’30 l’idée d’un « pentathlon d’hiver » fait son chemin au CIO. Elle aboutit en 1948 par l’inscription du nouveau sport en question en démonstration (en plus de la patrouille) au programme des JO de Saint-Moritz. Il reprenait trois des épreuves de la version « été » (équitation, escrime, tir) , les deux autres (natation, course à pied) étant remplacées par un 10 km ski de fond et une descente de ski alpin. Le test n’est pas concluant (on peut s’interroger sur la présence de l’équitation et de l’escrime au milieu des neiges et de la glace…). Le CIO renonce donc à mettre au propre ce brouillon… tout en restant demandeur, dans l’attente d’une meilleure proposition, d’une formule qui soit vraiment cohérente (celle du genre qui s’impose comme une "évidence" une fois trouvée).

 
 

Londres, le 3 août
 

1948, c’est aussi et surtout l’année de création de l’UIPM. Le développement de la pratique du pentathlon a rendu nécessaire l’organisation d’épreuves internationales en dehors des Jeux Olympiques. Le CIO ne souhaitant pas se disperser, la constitution d’une véritable fédération autonome est incontournable. La décision est prise le 3 août à Londres en pleine Olympiade et c’est ainsi que la fédération internationale de pentathlon moderne voit le jour. Afin de ménager les susceptibilités et d’éviter toute friction probable avec les fédérations internationales des disciplines concernées par le pentathlon moderne, le CIO propose de bannir l’appellation « fédération ». Ce sera donc une « union » : l’Union Internationale de Pentathlon Moderne, UIPM (officiellement en français dans le texte, la langue olympique, et celle des plus prestigieuses fédérations internationales, FIFA, UCI, etc… une autre époque !).

Le CIO passe alors le relais à l’UIPM qui devient responsable du pentathlon moderne. Dès le premier congrès d’août 1948 constitutif de l’Union, le sujet de la création d’un épreuve hivernale est abordé. Le IVème congrès UIPM d’octobre 1951 met à l’étude la définition, on vous le donne en mille, d’un pentathlon d’hiver dont les premiers championnats du monde sont même programmés pour 1953, mais... annulés dès l’été 1952. Dans le même temps, en marge de l’UIPM la bonne vieille patrouille oubliée des instances supérieures trouve un net regain d’intérêt sur fond de guerre froide à l’Est dans les pays communistes forçant le trait sur le sport et la culture militaire, notamment en RDA ou en Tchécoslovaquie (cf. épreuves disputées aux Spartakiades et championnats nationaux militaires…).

Lien de cause à effet ? Toujours est-il qu’après quelques années de discussion, de réflexion, de tâtonnement et d’essais, l’UIPM arrête enfin son choix en 1955 :

- le projet initial de pentathlon d’hiver (5 épreuves) est simplifié à 2 épreuves et s’appellera fort logiquement « biathlon d’hiver ».

Il s’agit d’une refonte en version solo de la patrouille militaire, une sorte de retour aux sources, certes, mais le fait de basculer le format en individuel (bon sang, fallait y penser !) change tout, ça devient un autre sport (un sport dont les règles pourront être élaborées en repartant de zéro).

Il aura donc fallu du temps à l’UIPM pour se résoudre à faire sauter le verrou conceptuel qui bloquait (en terme de faisabilité et d’organisation) la mise en place de cette fameuse épreuve hivernale tant attendue :

- d’une part réduire le nombre de disciplines (5 c’était manifestement trop),

- d’autre part tirer un avantage pratique autant que possible en combinant au sein d’une même compétition tout ou partie des disciplines choisies, contrairement aux 5 disciplines du pentathlon alors disputées sur autant de compétitions séparées. Avec seulement 2 spécialités (retenues parmi celles qui étaient déjà présentes dans la première ébauche de pentathlon d’hiver du CIO en 1948), en alternant course de ski de fond et arrêts au stand pour le tir, en effet, ça pouvait le faire (la formule ayant été éprouvée par la patrouille).
 
Les règles du biathlon sont approuvées lors du congrès de Melbourne le 17 novembre 1956, et en 1957 l’UIPM se proclame responsable du biathlon d’hiver. Le CIO semble satisfait à un point tel qu’il valide et inscrit dans la foulée le biathlon d’hiver au programme olympique officiel sans passer par la case "démo". En attendant les JO de 1960 à Squaw Valley, l’UIPM prépare ses premiers championnats du monde de biathlon qui seront disputés durant l’hiver 1958 à Saalfelden en Autriche (près de Salzburg où siègera plus tard l’IBU).
 
L’UIPM devient alors une organisation multi-sports (cas assez unique) gérant un sport présent aux JO d’été, et un autre présent aux JO d’hiver. De ce fait il permet désormais à deux fédérations d’un même pays d’être affiliées.

Curieusement c’est assez tardivement (en 1967 !) que le « Biathlon » est rajouté dans l’intitulé de l’Union Internationale de Pentathlon Moderne : l’UIPM devient UIPMB. Et il faudra même patienter jusqu’en 1968 pour que le logo UIPM soit mis à jour en UIPMB (rajout du 6ème symbole - le fameux biathlète - après avoir libéré un peu de place au centre du cercle).

Badges, broches… des pièces de collection rares telles qu’on peut en trouver parfois via internet

 

Auparavant, en 1962, l’UIPM prend la judicieuse décision de réunir deux congrès annuels au lieu d’un seul (l’un consacré au pentathlon, l’autre au biathlon). Cela aura pour effet de favoriser les réformes et l’évolution des règles d’un biathlon pas encore à maturité, loin s’en faut. Ainsi dès le IIIème congrès du 2 février 1964, une deuxième course est crée : le relais (premier championnat du monde en 1966, JO en 1968).

 

Un document exceptionnel issu des archives de l’US Army et reversé dans le domaine public. Ce petit film sur les championnats du monde 1966 à Garmisch-Partenkirchen (All) présente des images du tout premier relais mondial de l’histoire du biathlon !

 
 

Le 20 km était jusqu’alors l’unique épreuve du biathlon. Son appellation historique d’« Individuel » n’est pas étrangère au fait qu’à l’origine le terme se référait autant à un classement qu’à la pratique en solo. En effet il faut savoir qu’avant l’introduction du relais en 1966, il y avait également un classement par équipes de valeur équivalente au classement individuel sur cette même épreuve du 20 km (=un titre de champion du monde par équipes était attribué). Le classement par équipes s’’établissait par addition des 3 meilleurs temps individuels de chaque nation (sauf la toute première fois en 1958, où les 4 meilleurs temps furent comptabilisés). La précision en caractère gras « individuel » ou « par équipes » était donc nécessaire à l’époque. La dénomination d’« individuel » est ensuite tout naturellement restée en usage pour désigner la plus ancienne des courses du biathlon lorsque le classement par équipes a été abandonné après 1965 au profit de la nouvelle épreuve du relais.

Autre décision prise : pas de championnat du monde disputé les années olympiques. Entre 1958 et 1977 les championnats du monde furent du reste la seule compétition officielle élite du calendrier international de l’Union à l’exception des Jeux Olympiques : on comprend mieux pourquoi la tradition d’organiser les mondiaux annuellement a perduré jusqu’à aujourd’hui (ce qui contraste avec les organisations plus espacées dans le temps, telles qu’elles sont pratiquées dans d’autres sports d’hiver administrés par la FIS).
 
Les règles vont beaucoup évoluer au fil des congrès dans les années ’60 et ’70. Certaines modifications pertinentes, comme celle concernant la distance de tir interviendront assez rapidement. Initialement quatre fois différente sur la course (dans l’ordre : 200 m couché, 250 m couché, 150 m couché, et 100 m debout, boujour l’organisation, il fallait installer 4 pas de tir !) la distance devient unique à partir de 1966 (150 m).
D’autres changements tout aussi judicieux vont être l’objet de débats pendant de longues années. C’est le cas en particulier concernant le passage du gros au petit calibre. Les défenseurs de la tradition du "gros" ont difficilement lâché le morceau face aux adeptes du "petit" qui pourtant ne manquaient pas d’arguments : plus de sécurité, économie substancielle sur les munitions (le gros calibre n’étant pas donné), réduction de la taille et du poids de l’arme et aussi… du bruit. Tout cela prendra 10 ans : du 11 février 1968 qui voit la définition d’un règlement biathlon pour armes à petit calibre, d’abord spécialement recommandé pour les jeunes (en 1973 les mondiaux juniors spécifiques petit calibre sont disputés pour la première fois) ; au 1er janvier 1978 qui marque la date d’entrée en vigueur du petit calibre (22 LR) pour toutes les compétitions officielles (suite à une décision prise au XVème congrès de 1976).

 
 

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